L'imagination créatrice de Muriel Vincent s'exprime à travers des tableaux représentant, pour la plupart d'entre eux, l'archétype de la femme ; à savoir son caractère fondamental et permanent. De ce fait, elle imprime aux corps des femmes qu'elle peint, une structure invariante, non liée aux critères esthétiques d'une civilisation ou d'une époque données et leur confère ainsi une dimension subculturelle, voire universelle.

Ce caractère archétypal est d'autant plus manifeste que sur ses toiles ne figure aucun objet du monde matériel, ni des règnes végétal ou animal, qui permettrait de situer ces corps de femmes dans l'espace et le temps.

La sobriété du style de Muriel est poussée à l'extrême au niveau du dessin de la tête qui est dépourvue de chevelure et de celui du visage dont les traits sont souvent à l'état d'esquisse.

Selon Paul Klee (peintre suisse dont la technique picturale relève de l'art abstrait et du surréalisme), la couleur et la forme sont les deux éléments fondamentaux de la peinture. Mais chez nombre de peintres, le lien interne entre ces deux élément n'est pas manifeste, car la couleur se présente souvent comme un « ajout » à la forme. Or dans les tableaux de Muriel, forme et couleur s'interpénètrent.

Les formes sont courbes, rondes et pleines, sans lignes droites ni angles ; ce qui fait qu'il se dégage de ses tableaux un sentiment de douceur et de plénitude.

L'équilibre des formes est surprenant, car il ne procède pas de la réalité objective, mais de la vision personnelle de l'artiste qui, par l'amplification des volumes, privilégie et accentue les symboles de la féminité. S'agissant de l'utilisation des couleurs, la technique de Muriel s'apparente au camaïeu, avec une prédilection pour le jaune, dont la gamme varie du plus clair au plus foncé. Parfois elle choisit deux couleurs, notamment le rose et le bleu clair, comme dans « l'amour éternel ».

Dans ses tableaux, il n'y a pas d'arrière-plan, au sens stricte du terme. Les femmes qu'elle représente « baignent » dans un éther d'air ou de lumière et une sorte d'osmose se produit entre l'atmosphère dont elles sont imprégnées et leur propre rayonnement intérieur.

Si les femmes que peint Muriel évoquent leur archétype, elles n'en sont pas moins singulières. Cette singularité tient à la fois à leur posture et à leur regard. Ainsi dans le tableau intitulé « Femme fleur », la femme représentée est en position assise, bien ancrée dans l'élément terrestre. Son regard exprime la détermination et même une certaine dureté, évoquant peut-être celle qui nous entoure !

Dans le tableau « Plein cœur », la femme est agenouillée et tient dans ses mains son cœur dont elle semble vouloir nous faire don. Par sa posture, tout en nous maintenant sur terre, elle nous projette dans une autre dimension. Son regard est plein de compassion et cherche la complicité dans le notre.

Parfois même, comme dans « L'amour éternel » les personnages flottent sur les nuages et leurs regards se confondent.

En définitive, les peintures de Muriel nous transportent du domaine du penser et de l'agir dans celui du rêve et du ressentir. Aussi, pour se les « approprier », devons nous faire abstraction de nos schémas habituels d'appréhension et de compréhension, pour laisser venir à nous les impressions et les émotions qui apparaissent en filigrane dans ses œuvres. Alors, peut-être, partagerons nous avec Klee son assertion, selon laquelle « l'Art ne restitue pas le visible mais rend visible ce qui sans lui resterait caché ».

Mandazou-Ballet M.C, Sociologue de la communication.